S’installer à la campagne… sans voiture

Publié le 17 mai 2022

Écrit par Julie

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En 2021, nous avons pris une décision un peu couillue : celle de déménager de l'hypercentre lyonnais à la campagne finistérienne... sans acheter de voiture pour nous y déplacer. Comment et pourquoi avons-nous fait ce choix ? Comment nous y préparons-nous ? Vous saurez tout !

S’installer à la campagne… sans voiture

Ah, la côte bretonne, on en a rêvé ! À la maison, on parle depuis des années de s’y installer. Comme pour tous les changements de vie un peu radicaux (de Lyon intra-muros au Finistère nord à 1h de Brest), celui-ci a longtemps mûri dans nos têtes avant de devenir un projet concret. En cause ? Quelques freins psychologiques et techniques à lever… le plus important d’entre eux : la voiture.

Campagne-voiture : indissociables ?

Si la tendance est plutôt de penser que le vélo est bien plus adapté à l’environnement urbain que la voiture, c’est tout autre chose quand on se projette à la campagne. Là, point de “petite reine” qui vaille, la voiture occupe ce trône ; et si l’on croise des cyclistes, c’est sûrement qu’on est dimanche. Vélos comme pédaleurs sont soit profilés (vélos poids plume et lycra), taillés pour la route d’un côté, soit recouverts de boue à l’orée d’un chemin (VTT et protections en tout genre). Point de #vélotaf ou autres #solutionvélo à l’horizon (des hashtags Twitter bien connus des cyclistes de ce réseau social), le vélo est un loisir et non un moyen de transport.

Notre pratique du vélo

Nous avons nous-mêmes mis du temps à questionner le duo campagne-voiture. En 2016, j’ai acheté ma première voiture (mon conjoint n’en a jamais eu). Mon idée ? Plus profiter de nos week-ends, de la campagne environnante, des montagnes. Quatre ans plus tard, en 2020, elle ne nous a servi qu’aux vacances et rarement les week-ends. Son entretien est un poids, la garer est une tanée… la veille du confinement, elle sert à un déménagement d’amis partant vers la campagne. Elle restera finalement chez eux… pour ne plus revenir !

Depuis 2020, et l’arrivée de ces fameux amis à la campagne, eux-mêmes cyclistes, nos trajets à vélo hors de Lyon se multiplient, et les distances en km s’allongent. Dans un premier temps, nous nous rendons plusieurs fois chez eux à vélo (35 km aller, un TER permet d’en parcourir 31 et de ne faire que l’aller, ou que le retour). Un ou deux mois plus tard, pour rejoindre un ami en vacances en Bourgogne, je prends le TER jusqu’à Mâcon avec notre fille, et complète par 25 km de vélo jusqu’à notre destination. Faire des trajets en voiture pour aller profiter de la nature nous paraît de plus en plus… contre-nature.

L’année suivante, notre pratique de la vélo-rando s’intensifie : premières vacances à vélo en itinérance, multiplication des week-ends cyclistes (aidés ou non du train). La voiture n’est plus une question : on fait sans. Et ça marche ! Et plus ça marche, et plus on a envie d’aller loin, et plus l’idée de prendre la voiture pour faire ces mêmes trajets nous rebute.

En été 2020, l’envie de déménager en Bretagne refait surface, mais avec elle, une autre idée s’impose : puisque tous nos trajets, qu’ils soient quotidiens ou ponctuels, sont plus agréables à vélo, et si on déménageait pour une vie à la campagne… sans voiture ?

Le vélo en Finistère nord

Car c’est bien entendu de cette région qu’il s’agit…

Pour le département, le vélo est clairement un loisir qui se décline le week-end ou pendant les vacances. Sur le site du département, on peut lire “Terre de vélo par excellence, le département du Finistère, en Bretagne, compte près de 900 kilomètres d’itinéraires cyclables départementaux”. 900 km de voies cyclables pas séparées de la route, sur des itinéraires touristiques, avec quelques discontinuités assez sympathiques.

La V5, ou V45, sans continuité entre Ploudalmézeau et Lampaul-Plouarzel, puis entre Daoulas et Plogoff
La V5, ou V45, sans continuité entre Ploudalmézeau et Lampaul-Plouarzel, puis entre Daoulas et Plogoff

Pourtant, une nouvelle dynamique commence à poindre. Au dernier baromètre des villes cyclables de la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette), 10 000 répondants finistériens ont témoigné de leur expérience cycliste dans les communes qu’ils⋅elles fréquentent. Y sont notés les efforts de la ville, les aménagements (pistes cyclables, parkings vélos…), le confort et la sécurité ressentis sur les trajets à vélo. Les demandes d’amélioration sont bien là, pour un usage quotidien de la petite reine.

Villes à plus de 50 répondants au baromètre 2021 de la FUB : belle performance de la pointe nord-ouest !
Villes à plus de 50 répondants au baromètre 2021 de la FUB : belle performance de la pointe nord-ouest !

Cela étant dit : qui sommes-nous ?

Travail

Le travail est souvent la raison numéro 1 de la dépendance à la voiture. Les cyclistes sont assez familiers du “Je bosse, moi !” quand ils s’adressent à un automobiliste ou livreur garé sur les infrastructures cyclables (ironique, quand tu #velotaf - vas au travail à vélo). C’est particulièrement le cas à la campagne où les distances peuvent facilement se rallonger pour rejoindre le lieu de travail.

… Et c’est bien la voiture qui a été le facteur d’allongement de ces distances depuis les années 60, faisant passer le trajet moyen domicile-travail de 3 km à 13,3 km. À l’heure où les conséquences en termes de climat et de biodiversité sont évidentes, et où par ailleurs le prix de l’essence rend les foyers de plus en plus vulnérables, serait-il temps de questionner le fait de vivre aussi loin de son emploi ?

De notre côté, nos choix professionnels sont aussi une conséquence de cette volonté d’indépendance géographique. Alex est réparateur à distance de cartes-mères de Macbook : il est entrepreneur et libre de son lieu d’installation, il lui suffira de trouver une douzaine de mètres carrés où s’installer. Quant à moi, comment me définir… entrepreneure entre deux projets, indépendante à temps partiel ? Je trouve mon bonheur dans des projets engagés et à impact local, ma vie professionnelle à moyen terme se dessinera donc probablement sur place, dans les mois qui suivront notre installation…

Famille

… après un congé maternité bien mérité ?

Question famille, nous sommes aujourd’hui 2 adultes et 1 enfant de 3 ans (rentrée l’année prochaine)… en passe de rajouter 1 bébé au compteur, qui débarquera dans nos vies un mois et demi après notre déménagement (d’où la double nécessité école / crèche). La configuration familiale implique des choix logistiques en matière de vélo ! À suivre plus bas.

Patrie

Euh… ?

Le choix du territoire

Les critères

Quand on se projette sur une vie sans voiture, le choix du territoire est fondamental. La desserte dudit territoire en commerces, écoles, loisirs revêt plus d’importance. Pas question de se dire “Tous les jours / semaines / mois, pour faire ceci, il faudra parcourir 30 km”. La cyclabilité du territoire est également clef, ou la dynamique autour de ce sujet, à tout le moins.

Dans cette perspective, nous avions donc quelques critères à cocher :

  • Faible distance pour les activités du quotidien : travail, école et crèche, épicerie bio (bonus : vrac), vente de fruits / légumes (voire plus !) en direct producteur
  • Distance moyenne pour les activités ponctuelles régulières : loisirs, achats moins fréquents (bricolage, mercerie…), médecin généraliste
  • Distance “acceptable” pour : médecins spécialisés, accès au réseau national ferré pour les trajets longue-distance
  • Dynamique positive autour des modes doux et le vélo sur le territoire

Et un autre critère qui n’a rien à voir avec le vélo mais tout à voir avec notre envie d’iode : la mer !

La sélection

Toute ma famille est originaire d’un petit village qui s’appelle Plounéour-Trez. Si vous ne connaissez pas, c’est bien normal. C’est à mi-distance entre Roscoff et les Abers, sur la côte. Toujours pas ? Au nord de Brest, à peu près. Tenez, je vais vous aider avec une carte :

Plounéour-Trez
Plounéour-Trez

Voilà, mon territoire de cœur, c’est le village des irréductibles. Et c’est bien le bout de côte qui nous appelle du pied depuis plusieurs années. Zone de recherche : de Roscoff aux Abers.

Roscoff et ses voisines (St Pol-de-Léon, Santec) ont fait partie de notre short-list pendant un moment. Sur une Presqu’île, les distances sont plus réduites. La proximité avec Morlaix était intéressante, et la perspective de balades à l’île de Batz plutôt réjouissante. Avec son port maritime, Roscoff est active toute l’année et ne souffre pas d’hivers déconnectés et aux commerces fermés. Mais la dynamique territoriale en termes de modes doux, cyclabilité, et plus globalement de transition écologique nous est apparue comme bien en retard…

Non loin de là, un village nous faisait de l’œil. Nos premières errances sur place nous ont scotchés : nous avons croisé une ressourcerie (♥), un espace de coworking (♥), et garé devant cet espace de coworking… un vélo-cargo (♥ !). Si nous avons l’habitude d’en voir à Lyon, c’était bien le premier que nous croisions en Finistère. Alors nous y sommes venus. Revenus. Nous nous y sentions bien. Quelques recherches supplémentaires ont confirmé notre intuition positive et ont ajouté de l’eau au moulin de notre réflexion : épicerie vrac indépendante, producteurs en vente directe, 4 écoles sur la commune, dynamique territoriale forte en matière d’alimentation, de transports doux… nous étions conquis.

Bref, nous déménageons à Plouguerneau.

Le matériel

Afin de nous projeter sur une vie cyclable en milieu rural, il nous fallait monter un peu en gamme au niveau de nos vélos.

Déjà en stock

Actuellement, nous avons :

  • 1 vélo chacun de type “gravel” (tous chemins) chacun, à la fois très pratiques en territoire urbain, et très à l’aise sur des terrains plus meubles (pistes, terre…), sans aller jusqu’au VTT (pas de suspensions). Nous utilisons ces vélos (mécaniques) au quotidien et c’est sur leur selle que nous avons fait nos vélo-randos
  • 1 remorque biplace, en capacité d’accueillir 2 enfants dont un nourrisson avec dispositif adapté (Thule Cross)
  • 1 draisienne et 1 vélo enfant

Notre premier vélo-cargo

Les trois types de vélos-cargos : biporteur, triporteur, longtail
Les trois types de vélos-cargos : biporteur, triporteur, longtail

Pour pouvoir amener d’abord 1, puis 2 enfants à l’école et à la crèche, ainsi que charger courses et matériel en tout genre, l’achat d’un vélo-cargo s’est rapidement imposé comme une évidence. Ceux qui nous connaissent ne seront pas surpris : nous avons fait une étude de marché complète et détaillée sur les vélos-cargos, et en avons essayé 6 avant de faire notre choix. Il devait satisfaire à ces critères :

  • Transport de 2 enfants minimum + courses
  • Capacité à adapter dans un premier temps une des assises pour transporter un nourrisson
  • Profil de route plutôt sportif, pour pouvoir faire des plus longues distances avec, de manière confortable (pas un vélo trop droit, de ville)
  • Possibilité de passer dans des chemins
  • Électrique
  • Adaptabilité et bonne capacité de charge, à la fois en volume et en poids
  • … au tarif non prohibitif

Il s’avère que nous n’avons pas bien réussi à trouver un vélo qui satisfasse à l’ensemble de ces critères… donc nous allons le faire nous-mêmes ! Plus exactement, nous avons acheté un biporteur au profil qui nous convenait, sans caisse, et nous avons jusqu’au déménagement pour fabriquer une caisse-maison qui coche les 2 premiers critères.

Je vous présente donc notre Bullitt ♥ (baptème à venir, nous ne lui avons pas encore trouvé de nom) !

Transport de sa première charge : le vélo d’Alex avec lequel nous avons été le chercher
Transport de sa première charge : le vélo d’Alex avec lequel nous avons été le chercher

Mission caisse-maison en cours ! Ça avance bien : je me suis formée à Sketchup pour faire quelques modélisations, et nous pouvons profiter à la fois du matériel et du savoir-faire des colocataires de l’atelier de mon cher et tendre pour la réalisation ♥.

Merci à Sketchup pour l’accès au modèle 3D libre du Bullitt !
Merci à Sketchup pour l’accès au modèle 3D libre du Bullitt !

Réflexions pour la suite

Nous sommes par ailleurs convaincus de la praticité des vélos longtail, avec porte-bagage arrière rallongé permettant en toute simplicité de transporter jusqu’à deux enfants, même grands. Il est fort possible que nous en acquiérions un dans les années qui viennent. Nous ne l’avons pas fait dès à présent car : pas pratique pour un nourrisson, et pas de possibilité de protéger intégralement les enfants des éléments pas une grande capote pluie-vent (oui, on déménage en Bretagne, et s’il ne pleut que sur les cons, il ne faut pas oublier que cela nous arrive régulièrement…).

Je me pose également la question d’acheter par ailleurs un second vélo électrique, non cargo, afin de pouvoir avaler les distances à une bonne moyenne de 25 km/h sans peiner (un adulte sur le Bullitt, un sur le vélo électrique, les enfants dans la box du Bullitt).

Enfin, je pense qu’il s’avérera très pratique d’avoir avec nous un vélo pliant, afin de pouvoir prendre les quelques transports en commun (en particulier, le bus pour Brest) avec le vélo à bord, et pouvoir utiliser le vélo une fois arrivé⋅e à destination.

Bref, to be continued…

Alors, on y va ?

Déménagement prévu pour mi-août ! Nous avons hâte de travailler nos itinéraires et de trouver toutes les petites routes, passages, “ribine” en breton (chemins) qui nous permettront de fuir les départementales et de faire des trajets apaisés (l’enjeu numéro 1 de la cyclo-mobilité).